

Le transport est un gros sujet à Bali, mais aussi en Indonésie plus généralement. On parle évidemment beaucoup des modes de locomotion phares comme le scooter et ses risques d'accidents importants, mais les étrangers ne réalisent pas toujours les ordres de grandeur lorsqu'on évoque ces sujets.
Le bureau des statistiques Indonésiens et Balinais partagent tous deux des données intéressantes en la matière qui pourront intéresser nombre d'entre vous.
Tous les chiffres et graphiques qui suivent sont issus des données officielles des institutions Indonésiennes résumées par le BPS.
Je n'ai pas altéré les chiffres, simplement consolidé certains et présenté ces données pour montrer les évolutions du transport à Bali et plus généralement dans le reste de l'archipel.
Lorsqu'on voit Bali aujourd'hui, on pourrait croire que l'île a toujours été pleine de scooters, mais ce n'est pas le cas. Lorsqu'on s'intéresse au nombre de scooters immatriculés à Bali depuis les années 2000, on se rend compte de l'explosion de l'utilisation de 2 roues motorisées, mais pas que.
L'importance des scooters sur la période et son augmentation fulgurante sur 25 ans (un gros x10!) cache les augmentations moins visibles, mais non moins impressionnantes des autres types de véhicules.
Le nombre de bus et de camions ont par exemple connu des évolutions elles aussi très impressionnantes sur la période.
Il faut garder en tête plusieurs choses : ces chiffres sont "administratifs". Ils prennent en compte les véhicules officiellement immatriculés à Bali. Comme les taxes sont annuelles sur les véhicules immatriculés, les véhicules non-utilisés ou trop usagés sortent des statistiques (personne ne veut continuer à payer des taxes sur un véhicule qui n'est pas utilisé). Il y a aussi fort à parier qu'énormément de véhicules n'aient simplement jamais été enregistrés, notamment dans les premières années (moins vrai aujourd'hui).
Autre point important : il ne s'agit ici que des véhicules immatriculés à Bali. Mais il y a beaucoup de véhicules qui sont immatriculés ailleurs (Java / Jakarta notamment) qui circulent à Bali. Ces chiffres sont donc sans doute plus sous-évalués que sur-évalués.
Si vous voulez savoir d'où viennent ces fameux bouchons à Bali, vous avez un début de piste.
En voyant les chiffres précédents, vous avez pu en conclure qu'environ 85% des véhicules motorisés à Bali sont des 2 roues ! Vous vous dites peut-être que c'est une exception balinaise... après tout, les javanais sont notamment connus pour utiliser beaucoup plus la voiture que nous autres à Bali...
C'est un peu vrai.
Jakarta et Java utilisent en moyenne un peu moins le scooter que le reste de l'archipel Indonésien.
Mais Bali reste néanmoins autour des chiffres nationaux : 84% des véhicules d'Indonésie sont des scooters.
Pour beaucoup de raisons :
Bref, contrairement aux Européens où la voiture est dominante, le scooter est le véhicule du quotidien. La voiture est un confort, un symbole de statut social ou alors a une valeur utilitaire.
Avec 132 000 scooters sur l'archipel, 1 Indonésien sur 2 en est propriétaire ! Et ce chiffre inclut bien sûr les enfants, les personnes âgées etc... On estime que 85% des foyers ont un scooter ou plus.
L'Indonésie est tout simplement l'un des pays du monde où on utilise le plus le scooter, avec la Thailande, l'Inde et la Malaisie.
Quand les étrangers voient la méthode de conduite à Bali, ils s'imaginent souvent une boucherie avec beaucoup de blessés et de morts sur les routes.
C'est un peu vrai et faux en même temps.
Il est absolument impossible de savoir le nombre d'accidents de la route à Bali et les chiffres collectés par la Police ne peuvent pas être les chiffres finaux pour plusieurs raisons :
Bref, lorsqu'on connait un peu la situation locale, on se rend compte que tout le monde a déjà eu des petits accidents et donc que les "vrais" chiffres des accidents doivent être énormes... mais difficiles à évaluer à part via sondage, ce qui n'a pas été fait.
Il y a cependant 2 choses que la Police enregistre et qui doivent être très proches de la réalité :
Lorsqu'on s'attarde sur le nombre de morts sur la route à Bali, on voit une augmentation début années 2000 qui coïncide à l'augmentation drastique du nombre de 2 roues enregistrés à Bali. Pour le dire autrement, il devait y avoir à cette époque de nombreux "débutants" qui ont payé leur manque d'expérience au prix fort.
A partir de 2014, la tendance s'inverse et retrouve des niveaux assez faibles entre 200 et 500 morts par an.
Si vous habitez à Bali, vous connaissez en partie la raison : il y a plus de bouchons ! Les embouteillages peuvent être énervants, mais on se tue moins à 10km/h qu'à 70km/h.
Et même si mon expérience ne vaut rien par rapport aux statistiques, les gens sont de mon point de vue plus calmes au guidon que lorsque je suis arrivé en 2014. Prise de conscience collective des dangers ? Peut-être. En tout cas j'ai l'impression que la proportion de fous du guidon a diminué (il en reste quand même suffisamment).
Si on s'en tient aux chiffres officiels de Bali, la mortalité routière de ces 5 dernières années serait autour de 400 morts / an en moyenne, pour 4,5M d'habitants. Soit environ 8.8 morts pour 100 000 habitants. Pas trop mal. Surtout si on prend en compte les 14M de touristes annuels, dont une certaine partie conduit mais ne fait pas partie des chiffres de mortalités toujours calculés à partir des habitants.
Celle de l'archipel Indonésien dans son ensemble est autour de 10 décès pour 100 000 habitants donc conduire à Bali n'est pas plus dangereux qu'ailleurs en Indonésie.
Pour contexte, la France a enregistré 3200 décès sur la route en 2024, pour 67M d'habitants. Soit 4.7 morts pour 100 000 habitants.
Sauf que 85% des véhicules français ne sont pas des scooters !
Donc même si la mortalité sur la route à Bali est 2 fois celle de la France, elle reste à un niveau relativement faible si on considère le nombre de 2 roues.
La Thailande, autre pays amoureux des 2 roues, est plutôt sur des chiffres de 30 morts pour 100 000 habitants, donc on se rapproche d'autres ordres de grandeurs.
Pour autant, tracker les morts n'est pas la même chose que de tracker les accidents. A Bali, on se tue assez peu, mais regardez autour de vous et vous verrez de nombreux estropiés ayant eu des accidents qui ont laissé des séquelles à vie, mais pas forcément de traces dans un rapport de Police ou de morgue.